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mardi 13 décembre 2016

10 événements marketing clés de 2016


Voici mon top 10 des événements clés en communication-marketing pour 2016 :


En début d'année, révolution dans le monde du jouet et de la culture populaire. Après 57 ans et malgré des ventes de 1 milliard $ annuellement, le géant du jouet Mattel lance trois nouvelles Barbie avec de nouvelles silhouettes : petite, grande et arrondie. Succès instantané : hausse des ventes de 23 % en quelques mois ! En fin d'année, Disney fait de même et réinvente le conte de fées. 

2. Décès de René Angélil, un as du marketing

En janvier, décès de René Angélil, un émule du Colonel Parker qui a contribué à la carrière de Céline Dion, une star mondiale de la chanson. J'insiste : il est impossible de comprendre le succès de Céline Dion sans jeter un coup d’oeil sur la stratégie de marketing de René Angélil. 

3. Bienvenue dans le monde de la réalité virtuelle

La réalité virtuelle prend forme en 2016 avec la lancement d'Oculus Rift, HTC Vive et PlayStation VR -  une technologie qui pourrait changer profondément le monde de la communication et du marketing dans les années à venir.

 Il faut dire que les débouchés potentiels de la réalité virtuelle sont nombreux : jeux vidéo, événements sportifs, spectacles de musique, formation (cours à l’Université d’Ottawa ?), tourisme et industrie de la porno. Sur le plan commercial, cette technologie pourrait bouleverser le monde de l’immobilier, du marketing, de la vente et de la publicité. 

À la fin mars, les Entreprises Cara Limitée annoncent une entente dans le but d'acquérir la totalité du Groupe St-Hubert, dont le siège social est situé à Laval. La transaction est de 537 millions $.

 5. Décès de Phil Kives fondateur de K-Tel et inventeur de l'infopub

En avril, décès de Phil Kives, fondateur de K-Tel et inventeur de l'infopub.

À l’occasion de ma chronique « pub et marketing » avec l’animateur
Benoît Dutrizac du 98,5 FM à Montréal, je me penche sur les origines de la firme canadienne K-tel, un géant de l'infopub créé dans les années soixante par Phil Kives. 


6. Pokémon GO - un succès fulgurant

Durant l'été 2016, Lancement de Pokémon GO, une application utilisant la réalité augmentée. Instantanément, c’est la folie – record de téléchargement pour Apple.  

Comment expliquer le buzz entourant Pokemon Go ? Mon entrevue avec Louis Lacroix de l’émission «puisqu’il faut se lever» au 98,5 FM à Montréal donne quelques pistes pour comprendre le phénomène.

Comme je le rappelle en entrevue à Georges Pothier de «Salut Bonjour» à TVA, l’app repose sur un principe vieux comme le monde : la chasse au trésor, ici des Pokemon(s). En marketing, on ne réinvente pas la roue.
Pas mal pour une app dont l’inspiration vient d’un poisson d’avril de Google il y a deux ans… 

7. Le UFC vendu 4 milliards $!

Toujours en juillet, on apprend que le UFC a été racheté par un groupe d'investisseurs pour un montant de 4 milliards de dollars. Un retour sur l'investissement incroyable pour Lorenzo et Franck Fertitta.   

Créé en 1993 à Denver, le UFC est devenu avec le temps la plus importante organisation de combat libre au monde. En janvier 2001, White fait l’acquisition du UFC avec les gérants de casino Frank Fertitta III et Lorenzo Fertitta pour la modique somme de 2 millions $.

À son arrivée, White revoit de fond en comble les façons de faire du UFC. Conscient des problèmes d’image de la ligue et désireux de mettre fin aux poursuites à répétition qui entachent la réputation de la franchise, White choisit de nettoyer le monde du combat extrême pour multiplier les occasions d’affaires.  

Pour ce faire, Dana White crée des catégories de pugilistes (jusque-là, un lutteur de 300 livres pouvait affronter un spécialiste du karaté de 150 livres) ; il adopte le livre de règlements du New Jersey Athletic Control Board, lequel interdit les coups derrière la tête ; et il développe le marché de la télévision à la carte (pay-per-view, en anglais), s’inspirant en cela des combats Ali-Frazier, premiers événements du genre à être diffusés à la télévision payante. 

Avec ses 83 millions de clients à travers le monde en septembre, Netflix se comporte désormais comme la chaîne HBO en développant ses propres séries à succès comme House of Cards ou Narcos, et en concluant des accords avec des studios de cinéma (DreamWorks, Disney ou Univision pour donner quelques exemples).   

Pas de doute possible, la télévision est au cœur d’une mutation d’importance qui aura des conséquences majeures sur Videotron, Bell Télé, Cogeco, Shaw et Rogers.  

9. Ça brasse dans les médias traditionnels

Face à un environnement changeant, les médias écrits sont en mode «coupure» au Québec durant toute l'année 2016.  

Québecor Groupe Média annonce l'abolition de 220 postes au sein de Québecor Groupe Média, surtout des postes-cadres, professionnel et de soutien administratif, soit près de 8 % de l'effectif. Par ailleurs, TVA Publications procéde à une réorganisation de sa structure interne et cessera la publication de deux magazines, soit CHEZ SOI et Tellement bon.  

Au début du mois d'octobre, Rogers Média annonce qu'elle se concentrera sur ses marques de langue anglaise et se départira de Châtelaine et de L'actualité. Par ailleurs, la fréquence de l'impression de trois magazines sera réduite à compter de janvier 2017 : Maclean's (une fois par mois), Châtelaine (six fois par année) et Today's Parent (six fois par année).

Mais ce n'est pas tout. TC Média annonce une réorganisation du journal Les Affaires qui verra celui-ci passer de 42 à 28 publications par année. 

Pour un maniaque de marketing politique comme moi, l'effet Trump est un phénomène rare et donc fascinant à observer.

Comme je le rappelle en entrevue à Benoît Dutrizac, construire un personnage politique comme Donald Trump est une opération délicate. Il faut un positionnement clair («Je ne suis pas un politicien»), un slogan fort («Make America Great Again») et une image limpide qui se résume généralement en quelques mots.

Qui est Donald Trump ? Trump est un riche homme d’affaires toujours habillé en veston-cravate rouge ou jaune ou bleu, un magnat de l’immobilier, un négociateur féroce, un auteur à succès et une star de la télé-réalité. Sa troisième épouse est une ancienne top model. Voilà, tout a été dit ! 

Au-delà de ces quelques éléments de branding susceptibles de plaire à un public plus large, Donald Trump a analysé finement son électorat primaire et utilisé avec habileté les médias sociaux pour contourner les médias traditionnels.

Par ailleurs, il comprend que le Parti républicain est une coalition reposant sur trois éléments clés : religion, économie de marché et armée. Bingo - voilà les trois thèmes de sa campagne qui reposera au final sur l'antiestablishment. Une recette qui servira assûrément d'inspiration à d'autres politiciens...

lundi 11 juillet 2016

Le UFC vendu 4 milliards $!

On apprend ce matin que le UFC a été racheté par un groupe d'investisseurs pour un montant de 4 milliards de dollars. Un retour sur investissement incroyable pour Lorenzo et Franck Fertitta.  

Créé en 1993 à Denver, le UFC est devenue avec le temps la plus importante organisation de combat libre au monde. 

En janvier 2001, White fait l’acquisition du UFC avec les gérants de casino Frank Fertitta III et Lorenzo Fertitta pour la modique somme de 2 millions $.

À son arrivée, White revoit de fond en comble les façons de faire du UFC. Conscient des problèmes d’image de la ligue et désireux de mettre fin aux poursuites à répétition qui entachent la réputation de la franchise, White choisit de nettoyer le monde du combat extrême pour multiplier les occasions d’affaires.  

Pour ce faire, Dana White crée des catégories de pugilistes (jusque là, un lutteur de 300 livres pouvait affronter un spécialiste du karaté de 150 livres) ; il adopte le livre de règlements de la New Jersey Athletic Control Board, lequel interdit les coups derrière la tête ; et il développe le marché de la télévision à la carte (pay-per-view, en anglais), s’inspirant en cela des combats Ali-Frazier, premiers événements du genre à être diffusés à la télévision payante.

De nos jours, grâce à un contrat avec HBO, la boxe reste le sport de matelas le plus populaire en Amérique du nord, mais la durée des combats, la forme de l’arène et la grosseur des gants en font un sport ringard pour toute une génération de jeune gavée de sport extrême

Quant à la lutte, on le sait maintenant, c’est un spectacle arrangé, donc faux. En outre, les scandales de consommation de stéroïdes, les décès de lutteurs et les excès de langage dans le ring et à la télévision ont fini par nuire à l’image de la WWE. 

En ce qui a trait au UFC, son modèle d’affaires a l’avantage de garantir des revenus constants grâce à la présentation de galas d’art martiaux à la télévision payante. Ces galas attirent jusqu’à 1,5 millions de clients. 

Ceci dit, en terme de revenus totaux, le UFC reste le 3e sport de matelas derrière la boxe et la lutte. Elle peut toutefois se targuer d’attirer des commanditaires de premier plan comme Reebok (70 millions $ pour six ans), Bud Light et Harley-Davidson. 

Mise au monde dans la tête du grand public par une téléréalité, The Ultimate Fighter, présentée à l’antenne de Spike TV de 2005 à 2011, le UFC a donc réussi à se tailler une place au soleil. Mais les défis restent entiers.

lundi 11 avril 2016

Les raisons du succès de La Voix

De nombreux téléspectateurs croyaient que Travis Cormier sortirait gagnant de la grande finale de La Voix. Et pourtant, c’est Stéphanie St-Jean, qui a gagné in extremis, à 32 contre 31 % pour Travis. Comment expliquer cette superbe performance de TVA.

Plusieurs facteurs permettent d’expliquer le succès de La Voix.

1. L’identification
Les protagonistes de La Voix nous ressemblent ou pourraient nous ressembler. Ce sont des gens comme tout le monde. Les téléspectateurs s’identifient aux participants, ce qui crée des liens affectifs ; les téléspectateurs ont aussi l’impression de partager la même réalité. 


Pourtant, il faut savoir que cette voie n’est pas ouverte à tout le monde. Les producteurs de ces émissions procèdent à la sélection des candidats selon des profils stéréotypés.

Dans le cas de La Voix, on a pris soin de sélectionner des participants originaires de plusieurs régions afin de renforcer le lien entre les participants et le public. La majorité des téléspectateurs s’associent donc à l’un ou l’autre des protagonistes pour diverses raisons : les candidats proviennent de différentes régions géographiques, ne sont pas connus, bref, ce sont des gens ordinaires avec des parcours approximatifs.

2. L’évasion
La Voix est marchande de rêves d’argent, d’amour et de gloire. Elle repose sur des leviers universels qui existaient déjà avant la téléréalité : la passion, le charme, le succès, l’échec.
À l’instar des autres téléréalités, La Voix est donc une manière de s’évader du quotidien et de rêver.

3. L’individualisme
Force est de reconnaître que nous vivons dans une société qui valorise l’expression personnelle. Or, La Voix est le reflet de cette société,
une génération de téléspectateurs pour qui, exister, « c’est être vus à la télévision ». 


De plus, certains téléspectateurs témoins de la célébrité acquise par les participants, entretiennent l’espoir de l’obtenir eux-mêmes un jour.

4. La célébrité
Les participants de La Voix viennent chercher de la reconnaissance et de la notoriété; un succès généralement éphémère, dois-je le rappeler.


En entrevue, John De Mol, créateur de The Voice of Holland et ex-patron néerlandais d’Endemol Entertainment (il a vendu son entreprise à Telefonica en 2000 mais il est de retour dans Endemol depuis 2007), confirme : « Nous avons inventé un nouveau genre et montré que des individus ordinaires peuvent être des personnages intéressants : votre voisin de palier peut vous étonner ». 

5. La notoriété
Si les gens ordinaires rêvaient de devenir des stars de cinéma en 1950-60, aujourd’hui, la télévision leur apparaît maintenant comme le vecteur privilégié de la promotion sociale accélérée. 

Le phénomène de La Voix est fondé sur l’exhibitionnisme (et cela même si la clé de cette émission lancée au Pays-Bas en 2010 par le conglomérat Talpa repose sur des évaluations à l'aveugle) : des gens acceptent d’être vus par des millions de téléspectateurs. Il s’agit, ne l'oublions pas, d’une génération qui a grandi dans un contexte où les principaux modèles sont ceux du vedettariat.

6. La compétition
L’émission La Voix ressemble au hockey. Les téléspectateurs prennent plaisir à la victoire de certains aux dépens de d’autres.


En écoutant parler les téléspectateurs les plus assidus, il est clair que les amateurs du genre finissent par établir des relations avec les protagonistes qui sont similaires aux affiliations que l’on constate dans le monde du sport professionnel.

Dans les faits, je rappelle que le concours de talents est aussi ancien que la télévision. Le téléspectateur ne semble pas vouloir s’en lasser. Selon les époques, ils s’appellent Star Académie, Talents Catelli ou MixMania.

7. Un sentiment d’unité
Ces émissions recréent un monde commun alors que l’on vit dans des mondes séparés. Les Québécois se sentent en communion avec les juges et les participants alors qu’en réalité, ils sont seuls à la maison.


Selon Estelle Lebel, professeur au département d’information et de communication de l’Université Laval, ces émissions permettent peut-être d’assouvir des besoins sociaux qui ne sont plus pris en charge par une société faite de solitude et d’individualisme.

8. Le voyeurisme
Les téléspectateurs sont invités à observer à distance les réactions psychologiques et physiques des participants. Certaines de ces émissions imposent parfois des situations humiliantes ou difficiles.


Selon le britannique John Dovey, la téléréalité est l’illustration parfaite de la « culture contemporaine du moment ». Elle est mélodramatique et exploite le misérabilisme ; c’est un théâtre des horreurs qui rend publiques les moments privés les plus intimes.

9. Un relais médias inégalé
Évidemment, la convergence des médias que l’on connaît depuis quelques années à l'échelle planétaire et qui caractérise La Voix, est un facteur qui permet de comprendre le succès de ce type d’émissions. 

La Voix fait l’objet de chroniques et de commentaires à la télévision ; les chansons et la trame sonore sont reprises à la radio ; l’émission fait l’objet de nombreux articles dans les journaux et dans les magazines dans lesquels on passe au peigne fin la vie privée des participants. En somme, la télévision mène à Internet, lequel mène aux magazines, lesquels redirigent les consommateurs vers la télévision, le CD et éventuellement les spectacles.

En multipliant les médias, on décuple habilement les effets sur les consommateurs en exploitant les forces respectives de chaque média.

10. L’interactivité
En 1999, la téléréalité change de statut et devient interactive. Le succès de La Voix s’explique donc en partie à cause de l’interactivité, en particulier, l’utilisation du deuxième écran, phénomène qui consiste à commenter sur les médias sociaux l’émission en cours (et réflexe qu'a encouragé TVA dès les premières émissions).


mercredi 2 mars 2016

Est-ce que le marketing de Donald Trump va le propulser à la Maison Blanche?




Dans le cadre de l’émission Mario Dumont, animée par Mario Dumont à l’antenne de TVA et LCN, nous nous sommes intéressés aujourd’hui au phénomène marketing Donald Trump.

Qu’on aime ou qu’on aime pas, le marketing politique à la sauce Trump est d’une redoutable efficacité.

Construire un personnage politique comme Donald Trump est une opération délicate. Il faut un positionnement clair (« Je ne suis pas un politicien – je suis l’anti-establishment »), un slogan fort (« Make America Great Again ») et une image limpide qui se résume généralement en quelques mots.

Qui est Donald Trump ? Trump est un riche homme d’affaires toujours habillé en veston-cravate rouge ou jaune ou bleu, un magnat de l’immobilier, un négociateur féroce, un auteur à succès et une star de la télé-réalité. Sa troisième épouse est une ancienne top model. Voilà, tout a été dit !

À l’ère des médias sociaux, il faut évidemment maîtriser les outils de la nouvelle communication. Et dans ce cas, Trump s’en fait une spécialité : Twitter, YouTube et Facebook. Autant d’outils qu’il emploie pour orienter le débat ( « Un autre sondage me place en tête»), corriger le tir, répondre à un adversaire démocrate ou insulter un opposant républicain, que ce soit John McCain, la famille Bush.

Tout comme Bernie Sanders du Parti démocrate, Donald Trump sait tabler sur certains mouvements sociaux forts qui agissent souvent comme de gigantesques aspirateurs capables de vous déplacer vers le haut quand ils sont habilement employés.

À cet égard, Trump est dans une classe à part. Il débute chaque allocution par trois petites phrases simples qui le positionnent dans la tête de l’électeur : « Je ne ferai pas dans la rectitude politique… avec moi on fêtera à nouveau Noël » ; « Je ne vais pas m’excuser, fini la rectitude politique » ; et « Je ne veux pas votre argent, je suis un milliardaire indépendant de fortune contrairement à mes opposants ».

L’intuition Trump lui permet de saisir une autre balle au bond : le mépris et le cynisme grandissants des gens à l’égard des médias traditionnels qui s’expriment chaque jour dans les médias sociaux et dans les conversations autour de la cruche d’eau. Il faut voir la réaction du public dans la salle pour s’en convaincre. 

Dans sa quête du pouvoir, Donald Trump accepte que sa marque ne plaira pas à tous. C’est l’une des clés du succès en politique spectacle.

À l’évidence, sur le plan du marketing politique, Trump est dans une classe à part, un communicateur d’exception qui sait lire avec beaucoup de talent l’électorat américain qui n’est jamais sorti de la crise financière de 2008 ; le sentiment que les élites républicaines ont trahi les électeurs naturel de ce parti centenaire. Car le problème, il est là, entier.

mercredi 24 février 2016

Comment expliquer le succès de Donald Trump




Aux États-Unis, les résultats de la primaire d’hier soir au Nevada indiquent que l'effet Trump est réel. Reste à savoir si Monsieur Trump sera capable de maintenir la cadence et de décrocher une majorité de voix lors de la convention du Parti républicain à Cleveland.

Chose certaine, qu’on aime ou qu’on aime pas, le marketing politique à la sauce Trump est d’une redoutable efficacité.

Comme je le rappelle en entrevue à Benoît Dutrizac, construire un personnage politique comme Donald Trump est une opération délicate. Il faut un positionnement clair («Je ne suis pas un politicien»), un slogan fort («Make America Great Again») et une image limpide qui se résume généralement en quelques mots.

Qui est Donald Trump ? Trump est un riche homme d’affaires toujours habillé en veston-cravate rouge ou jaune ou bleu, un magnat de l’immobilier, un négociateur féroce, un auteur à succès et une star de la télé-réalité. Sa troisième épouse est une ancienne top model. Voilà, tout a été dit !

Au-delà de ces quelques éléments de branding susceptibles de plaire à un public plus large, Donald Trump a analysé finement son électorat primaire. Pour un, il a compris que le Parti républicain est une coalition fondée sur trois éléments : religion, économie de marché et armée.

En ce sens, Donald Trump annonce que s’il est élu président des États-Unis, le pays aura une armée forte (« tellement forte que nous n’aurons pas à l’utiliser » comme il le répète constamment dans ses discours), une économie ravigotée et des victoires par-dessus victoires sur le plan international (« winning, winning, winning »). Dans ce dernier cas de figure, il se positionne clairement à l’encontre de Barack Obama jugé trop faible par les républicains.

Dans un aspect moins convaincant de son discours et pour plaire au lobby religieux, il nous rappelle aussi que son livre favori est la Bible. J’ai mes doutes…

Comme l’ont montré des générations de politiciens avant lui, le marketing politique repose sur des lois immuables, par exemple la capacité d’identifier des ennemis de la nation. Pour Donald Trump les ennemis s’appellent Mexique, Chine, Japon, Iran et ISIS, et il adopte pour chacun d’entre eux une position sans appel.

La notion de mur entre le Mexique et les États-Unis est un bon exemple. La phrase slogan « Take the Oil » en lien avec ISIS est un autre exemple.  

À l’ère des médias sociaux, il faut évidemment maîtriser les outils de la nouvelle communication. Et dans ce cas, Trump s’en fait une spécialité : Twitter, YouTube et Facebook. Autant d’outils qu’il emploie pour orienter le débat ( « Un autre sondage me place en tête»), corriger le tir, répondre à un adversaire démocrate ou insulter un opposant républicain, que ce soit John McCain, la famille Bush.

Trump a une autre qualité qui le démarque de la compétition républicaine. Tout comme Bernie Sanders du Parti démocrate, Donald Trump sait tabler sur certains mouvements sociaux forts qui agissent souvent comme de gigantesques aspirateurs capables de vous déplacer vers le haut quand ils sont habilement employés.

À cet égard, Trump est dans une classe à part. Il débute chaque allocution par trois petites phrases simples qui le positionnent dans la tête de l’électeur : « Je ne ferai pas dans la rectitude politique… avec moi on fêtera à nouveau Noël » ; « Je ne vais pas m’excuser, fini la rectitude politique » ; et « Je ne veux pas votre argent, je suis un milliardaire indépendant de fortune contrairement à mes opposants ».

L’intuition Trump lui permet de saisir une autre balle au bond : le mépris et le cynisme grandissants des gens à l’égard des médias traditionnels qui s’expriment chaque jour dans les médias sociaux et dans les conversations autour de la cruche d’eau. Il faut voir la réaction du public dans la salle pour s’en convaincre. 

Dans sa quête du pouvoir, Donald Trump accepte que sa marque ne plaira pas à tous. Plus facile à dire qu’à faire. C’est l’une des clés du succès en politique.

Pour un maniaque de marketing politique comme moi, l'effet Trump est un phénomène rare et donc fascinant à observer.

Comme le montre les cotes d’écoute aux débats des chefs, c'est devenu le principal attrait de cette campagne à la chefferie du Parti républicain.

D’autres avant lui ont tenté le même coup avec peu de succès : Steve Forbes et sa flat tax ou Ross Perrot et ses infopubs.

Mais à l’évidence, sur le plan du marketing politique, Trump est dans une classe à part, un communicateur d’exception qui sait lire avec beaucoup de talent l’électorat américain qui n’est jamais sorti de la crise financière de 2008. Car le problème, il est là, entier.

jeudi 19 décembre 2013

10 événements clés en marketing en 2013

Voici mon top 10 des nouvelles marketing et publicité de 2013 :

Lance Armstrong, Tiger Woods et Oscar Pistorius. Décidément, Nike n’a pas de chance dans le choix de ses porte-parole. À bout de souffle, Armstrong rencontre la papesse de la confession, Oprah, en janvier. Entre-temps, on apprend que Nike a mis 3,8 milliards $ dans une réserve pour ses commandites futures avec des vedettes sportives ou autres.

Le 21 janvier, l’émission La Voix, une adaptation de la téléréalité The Voice of Holland, fait une entrée fracassante devant 2 593 000 paires d’yeux à l’antenne de TVA. Le 10 février, 2 832 000 téléspectateurs étaient au rendez-vous pour la dernière ronde des auditions à l’aveugle de la populaire émission La Voix.

Évidemment, la convergence des médias que l’on connaît depuis quelques années à l'échelle planétaire et qui caractérise La Voix, est un facteur qui permet de comprendre le succès de ce type d’émissions.

La Voix fait l’objet de chroniques et de commentaires à la télévision ; les chansons et la trame sonore sont reprises à la radio ; l’émission fait l’objet de nombreux articles dans les journaux et dans les magazines dans lesquels on passe au peigne fin la vie privée des participants. En somme, la télévision mène à Internet, lequel mène aux magazines, lesquels redirigent les consommateurs vers la télévision, le CD et éventuellement les spectacles.

Blackberry investit 4 millions $ dans une publicité de 30 secondes au Super Bowl. La stratégie du géant canadien de la téléphonie mobile est pour le moins originale : montrer dans sa pub ce que le nouveau Blackberry ne fait pas… Un véritable désastre.

L’industrie des médias papiers est en crise et le lancement en avril de La Presse+, une toute nouvelle édition numérique gratuite du journal La Presse pour la tablette numérique iPad, le confirme une fois de plus.

Après trois ans de recherche et de développement et un investissement de 40 millions $, dont 2 millions $ seulement en recherche, cette nouvelle édition numérique exploite les capacités multifonctionnelles d’iPad avec une interface graphique fort réussie qui s’inspire, entre autres, de Flipboard et de l’application du quotidien The Guardian.

La Presse+ vient s’ajouter aux autres plateformes de l’écosystème de La Presse : format papier, site web et plateforme mobile. Au total, ces différentes plateformes attirent actuellement 1,7 million de lecteurs (environ 900 000 sur Internet et 800 000 pour la version papier).

Radio-Canada annonce en juin la disparition progressive de l’expression « Radio-Canada ». Ainsi, la Première Chaîne s’appellera désormais Ici Première ; la télévision de Radio-Canada se transformera en Ici Télé ; et le site web de la SRC deviendra Ici.ca.

On utilisera désormais les expressions Ici ARTV, Ici Explora, Ici RDI, Ici Info, Ici Musique et Ici Tou.TV pour identifier les autres plateformes médias de Radio-Canada. Dans le langage du métier, on parle de campagne de repositionnement ou de rebranding.

Mais assez rapidement, devant le tollé suscité d’un bout à l’autre du pays, Radio-Canada revient sur sa décision et adopte une position mitoyenne.

6. Feu vert à la fusion Bell-Astral
En achetant Astral pour 3,4 milliards $ en juin, Bell met la main sur plusieurs joyaux : des chaînes payantes de films : Super Écran, HBO et TMN, un réseau radiophonique réparti dans des dizaines de marchés au Canada (le 2e plus important réseau au pays) , des sites Web qui touchent 3 millions d'internautes chaque mois, 9500 panneaux d'affichage publicitaires au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique et bien sûr, des chaînes de télé spécialisées, des canaux rentables et en croissance qui représentent 15 % du marché canadien à eux seuls. 

Coup de théâtre dans l’industrie de l’automobile : on apprenait en août par l’entremise du California Auto Outlook que le Modèle S, une voiture haut de gamme du fabricant d’automobiles électriques Tesla Motors, enregistrait depuis le début de l’année des ventes supérieures à l’Audi A6, la Lexus GS, la Porche, la Volvo, la Cadillac, la Jaguar et la Land Rover en Californie. Ceci dit, Prius reste le meilleur vendeur dans le segment hybride / voiture électrique. 

Fondé en 2003, Tesla Motors compte aujourd’hui 3000 employés. Fort d’une stratégie de positionnement en 4 étapes fort astucieuse (Roadster – voiture sport ; Modèle S – voiture de luxe ; Modèle X – multisegment VUS Minivan ; Modèle grand public – à venir), Tesla Motors s’attaque au marché une bouchée à la fois en prenant bien soin de faire tomber les préjugés à l’égard de la voiture électrique.

Pour garantir l’alimentation en électricité, Tesla Motors propose de construire un système de borne à l’échelle de l’Amérique du Nord avec en prime une promesse unique : la recharge gratuite à vie avec l’achat d’un véhicule Tesla. Il faut dire que la borne électrique de Tesla est alimentée à l’énergie solaire, un autre produit fabriqué… par l’architecte de Tesla Elon Musk.

Véritable révolution dans le monde du marketing automobile, Tesla risque de révolutionner non seulement la manière de se déplacer, mais aussi la manière de vendre et d’acheter des véhicules automobiles sur internet. Signe du destin et sans surprise, des regroupements de concessionnaires songent déjà à bloquer la vente de voiture sur Internet.

En septembre, juste à temps pour la période des fêtes, le géant Target ouvre ses premiers magasins au Québec dont ceux de Montréal, Saint-Georges et Lévis. À l’échelle canadienne, Target engage 20 000 employés. 

En octobre, on apprend que Netflix serait en pourparler avec plusieurs fournisseurs de télévision par câble et satellite, dont Comcast et Time Warner Cable, afin de rendre le service de vidéo en ligne Netflix disponible directement sur leurs terminaux.  

Rogers, Québécor et la Ligue nationale de hockey (LNH) annoncent en décembre la conclusion d'une entente historique de 12 ans pour les droits multimédias et de diffusion qui comprend tous les droits nationaux aux matchs de la LNH sur toutes les plateformes et dans toutes les langues.

L'entente, le plus important contrat de droits multimédias de l'histoire de la Ligue, débutera à compter de la saison 2014-2015 et se poursuivra jusqu'à la fin de la saison 2025-2026. C'est la première fois qu'une ligue sportive à l'échelle nord-américaine accorde tous ses droits (canadiens) nationaux à une seule entreprise à long terme.

Pour Québecor, cette entente est l’occasion de mettre au monde TVA Sports (désormais un passage obligé pour visionner les matchs du Canadien de Montréal) et d’initier officiellement une relation d’affaires avec Gary Bettman.  

D'après Sophie Cousineau du Globe & Mail, les conditions financières de TVA Sports qui compte actuellement 1,6 million d'abonnés comprennent des versements annuels de 120 millions $ à Rogers pour un total de 1,5 milliard $ sur 12 ans. Jusqu'à cette année, RDS payait environ 30 millions $ par an pour une entente similaire.
 
Par ailleurs, les conditions financières de Rogers comprennent des versements annuels à la LNH qui commenceront à un peu plus de 300 millions de dollars la première année, avec des indexations annuelles progressives, jusqu'à environ 500 millions et demi de dollars la dernière année de la période de l'entente.

Ces versements, de concert avec un versement annuel initial de 150 millions de dollars répartis sur les deux premières années de l'entente, s'élèveront à 5,2 milliards de dollars en versements à la LNH au cours de la période de 12 ans. À l'évidence, il s'agit de LA nouvelle de l'année dans le secteur des médias, de la publicité et du marketing.

vendredi 22 novembre 2013

Catching Fire muscle son marketing



À l'occasion du lancement cette semaine du deuxième film de la série Hunger Games : Catching Fire sur les écrans canadiens et américains, il m’apparaît opportun de se pencher sur le marketing de ces longs métrages (4 films au total) inspiré des romans du même nom (3 romans au total). 
 
On trouve dans la marque Hunger Games des romans bien ficelés mettant en vedette des jeunes âgés de 12 à 18 ans ; une société du futur à la merci d’un centre névralgique aux visées contrôlantes ; des thèmes éternels (le dépassement de soi, l’injustice, la pauvreté, l’amour, les forces du mal, la guerre des classes, la corruption) ; une téléréalité extrême et des personnages archétypaux. 

Pour maximiser les chances de réussite du lancement du film Hunger Games, la stratégie de mise en marché du premier film qui a généré des ventes de 700 millions $ à travers le monde s’était avant tout éloignée des réflexes classiques, c.-à-d. achat de publicité dans les journaux, publicité TV le jeudi soir avant la première et multiplication de la visibilité potentielle avec des affiches. 

À l’ère d’Internet, l’opération marketing de Lionsgate avait plutôt misé sur l’utilisation des médias sociaux. Par exemple, sur Facebook, on pouvait constater avec amusement que chaque district (l’équivalent de nos provinces au Canada) possédait sa propre page. Le Capitol (la capitale maudite des romans d’Hunger Games) avait également son propre compte Twitter. 

Dans le cas du lancement du deuxième film, Hunger Games : Catching Fire, on a multiplié à l’infini les bandes-annonces sur YouTube. On a aussi créé un faux magazine en ligne Capitol Couture, une parodie des magazines de mode avec de fausses entrevues et de fausses marques. 

Une promotion de Cover Girls permet aux fans de choisir un district en lien avec des codes couleur. L’affiche du film, inspiré par le travail de Kris Kuksi, met en scène Katniss. 

On a aussi établi des partenariats avec les sites internet de MTV, IGN, Yahoo Movies, Empire, MSN et Huffington Post. Qui plus est, on a alimenté en photos les plateformes Instagram, Tumblr et Facebook. 

Dans ce qui promet d'être une autre recette mille fois copiée, cette stratégie de relations publiques a permis à Hunger Games de générer des pré-ventes aux guichets remarquables. 

Évidemment, la vente de romans a facilité les choses en préparant le terrain. Depuis septembre 2008, les 3 romans de la série mettant en vedette 12 districts et 24 participants se sont écoulés à environ 26 millions d’exemplaires (copies vendues et imprimées). 

La série de trois romans est d'ailleurs le plus gros vendeur de l'histoire d'Amazon depuis mars 2012 devant la série d'Harry Potter.

Les livres de la série sont disponibles dans 38 pays et ils ont été traduits en 26 langues. Au-delà des chiffres de vente des livres, le succès d'Hunger Games se mesure par le nombre de supports promotionnels, d'objets et de vêtements sur lesquels on retrouve les héros principaux. 

Tous ces artifices marketing n’enlèvent rien aux qualités de l’œuvre de Madame Collins. Mais à l’évidence, le succès d'Hunger Games repose sur une extraordinaire machine de marketing s'appuyant au final sur les médias sociaux.

mardi 23 avril 2013

La téléréalité fête son 40e anniversaire



Mine de rien, la téléréalité célèbre cette année son 40e anniversaire de naissance. Comme le rappellait récemment Nathalie Collard, journaliste au quotidien La Presse, cette « vache à lait de la télé » a transformé l’univers des médias grand public.  

On s’entend pour dire que la première émission empruntant directement à la téléréalité a été diffusée en 1973 à la chaîne américaine Public Broadcasting System (PBS). Il s’agit d’un documentaire réaliste intitulé An American Family, alors expérimental, qui présente la vie d’une famille blanche, cultivée, de classe moyenne.

Pendant sept mois, le producteur Craig Gilbert filme les moindres gestes de la famille Loud (300 heures de tournage au total). Lors de la présentation de l’épisode final, plus de 10 millions de téléspectateurs regarderont l’émission que l’on présentera alors comme une expérience de nature sociologique.

Malgré ce succès immédiat de cote d’écoute, le documentaire intimiste ne gagne que lentement en popularité. En 1974, la BBC propose The Family, un concept semblable à celui de PBS. Huit ans plus tard, la chaîne australienne ABC lance à son tour une émission qui s’inspire de la série An American Family.

En 1982, la grève de 22 semaines des scénaristes va obliger les grands réseaux américains à revoir en profondeur leur stratégie de programmation. Pour se prémunir contre les effets de la grève tant sur le plan de la programmation que sur celui des cotes d’écoute, les réseaux CBS, ABC et NBC vont commander des dizaines de séries s’apparentant à la téléréalité.

En 1987, il y a déjà 37 émissions de téléréalité aux États-Unis. Ce nouveau genre a l’avantage de mettre en scène des gens ordinaires, et il ne nécessite pas a priori de scénarisation ou d’acteurs connus.

Lorsque la chaîne MTV lance The Real World, en 1992, on qu’on assiste à l’émergence d’un nouveau genre. Dans cette téléréalité, sept jeunes âgés de 18 à 25 ans partagent une maison ou un appartement. Chaque épisode dure 22 minutes et les caméras sont omniprésentes – on filme dans toutes les pièces, sauf dans la salle de bain. En 1994, la série fut l’une des premières à mettre en scène un participant séropositif.

Avec l’émergence de nouvelles émissions au milieu des années 1990, la téléréalité s’internationalise. Cette téléréalité de seconde génération provient des Pays-Bas, de la Suède, de la France, de l'Australie, du Japon et de la Grande-Bretagne.

En Suède, la série Expedition Robinson est vendue dans une vingtaine de pays. En Grande-Bretagne, la téléréalité Changing Rooms lancée en 1996 met en vedette des couples chargés de redécorer leur maison. En France, l’émission Perdu de vue tente de réconcilier des couples.  

Officiellement, le concept de la téléréalité émerge en 1994 dans la tête de Joop Van Ende et John De Mol, fondateurs de la société de production néerlandaise Endemol.

John De Mol est un producteur d’émissions de télévision et il travaille brièvement à la radio. De son côté, Joop Van Ende possède une entreprise spécialisée dans le multimédia, le divertissement et le théâtre commercial.

Au milieu des années 1990, la télévision des Pays-Bas se globalise et Endemol vend sa recette aux différentes télévisions du monde. C’est à ce moment que De Mol et Den Ende fusionnent leurs entreprises.

En 1996, l’entreprise inscrit ses actions à la bourse d’Amsterdam et elle étend ses ramifications au Portugal, au Danemark, en Espagne et en Allemagne.

Contrôlée par le géant espagnol Telefonica qui en a fait l’acquisition au coût de 5 milliards $ de dollars américains en 2000, la transaction dessine les contours d’un nouvel ordre médiatique. 

En 1997, lorsque le chanteur Bob Geldof propose Exposition Robinson à la télévision suédoise, la téléréalité entre de plein pied dans son âge d’or.

Développée par Planet 24, l’action se déroule généralement sur une île déserte. Lors de la diffusion initiale en Suède, le premier participant éjecté par le vote populaire se suicida, ce qui suscita un important débat moral dans tout le pays.

En 1999, l’émission Big Brother, présentée initialement aux Pays-Bas et vendue dans plus de 70 pays, introduit le temps réel par la diffusion en direct. Autre nouveauté, il est possible d’observer les participants 24 heures par jour, grâce à Internet.

En 2000, CBS présente la première de Survivor, une adaptation de Expedition Robinson. Mark Burnett, un ancien parachutiste, est le créateur de Survivor. Le premier épisode de la série attire 15,5 millions de téléspectateurs.

Lors de la finale présentée le 16 août, 51 millions de personnes sont rivées à leur écran. L’émission culte pave la voie à toute une série d’émissions incluant The Mole (2001), Fear Factor (2001) et The Amazing Race

Au Québec, les téléréalités Star Académie, Occupation double, Facteur de risques et La Voix ont fait le délice des téléspectateurs.

Même si certains échecs laissent entrevoir une éventuelle lassitude du public, on peut penser que la téléréalité est là pour durer. Les liens qui unissent convergence, marketing et divertissement populaire sont solides. Ils expliquent en partie pourquoi la téléréalité est devenue un espace incontournable dans le secteur des médias.


Voir aussi :
Comment expliquer le succès de La Voix ?
Entrevue avec Marie-France Bazzo sur la téléréalité
10 facteurs qui expliquent le succès de la téléréalité   

lundi 11 février 2013

Comment expliquer le succès de La Voix ?


Le 21 janvier, l’émision La Voix, une adaptation de la téléréalité The Voice of Holland, fait une entrée fracassante devant 2 593 000 paires d’yeux à l’antenne de TVA. Le 10 février, 2 832 000 téléspectateurs étaient au rendez-vous pour la dernière ronde des auditions à l’aveugle de la populaire émission La Voix.

Comment expliquer cette superbe performance de TVA qui domine soirée après soirée contre Radio-Canada et Tout le monde en parle ?

Plusieurs facteurs permettent d’expliquer le succès de La Voix.

1. L’identification
Les protagonistes de La Voix nous ressemblent ou pourraient nous ressembler. Ce sont des gens comme tout le monde. Les téléspectateurs s’identifient aux participants, ce qui crée des liens affectifs ; les téléspectateurs ont aussi l’impression de partager la même réalité.


Pourtant, il faut savoir que cette voie n’est pas ouverte à tout le monde. Les producteurs de ces émissions procèdent à la sélection des candidats selon des profils stéréotypés.

Dans le cas de La Voix au Québec, on a pris soin de sélectionner des participants originaires de plusieurs régions afin de renforcer le lien entre les participants et le public. La majorité des téléspectateurs s’associent donc à l’un ou l’autre des protagonistes pour diverses raisons : les candidats proviennent de différentes régions géographiques, ne sont pas connus, bref, ce sont des gens ordinaires avec des parcours approximatifs.

2. L’évasion
Comme je l'indique en entrevue avec Gilles Parent du FM93, La Voix est marchande de rêves d’argent, d’amour et de gloire. Elle repose sur des leviers universels qui existaient déjà avant la téléréalité : la passion, le charme, le succès, l’échec.
À l’instar des autres téléréalités, La Voix est donc une manière de s’évader du quotidien et de rêver.

3. L’individualisme
Force est de reconnaître que nous vivons dans une société qui valorise l’expression personnelle. Or, La Voix est le reflet de cette société,
une génération de téléspectateurs pour qui, exister, « c’est être vus à la télévision ».

De plus, certains téléspectateurs témoins de la célébrité acquise par les participants, entretiennent l’espoir de l’obtenir eux-mêmes un jour.

4. La célébrité
Les participants de La Voix viennent chercher de la reconnaissance et de la notoriété; un succès généralement éphémère, dois-je le rappeler.

En entrevue, John De Mol, créateur de The Voice of Holland et ex-patron néerlandais d’Endemol Entertainment (il a vendu son entreprise à Telefonica en 2000 mais il est de retour dans Endemol depuis 2007), confirme : « Nous avons inventé un nouveau genre et montré que des individus ordinaires peuvent être des personnages intéressants : votre voisin de palier peut vous étonner ». 

5. La notoriété
Si les gens ordinaires rêvaient de devenir des stars de cinéma en 1950-60, aujourd’hui, la télévision leur apparaît maintenant comme le vecteur privilégié de la promotion sociale accélérée.

Le phénomène de La Voix est fondé sur l’exhibitionnisme (et cela même si la clé de cette émission lancée au Pays-Bas en 2010 par le conglomérat Talpa repose sur des évaluations à l'aveugle) : des gens acceptent d’être vus par des millions de téléspectateurs. Il s’agit, ne l'oublions pas, d’une génération qui a grandi dans un contexte où les principaux modèles sont ceux du vedettariat.

6. La compétition
L’émission La Voix ressemble au hockey. Les téléspectateurs prennent plaisir à la victoire de certains aux dépens de d’autres.

En écoutant parler les téléspectateurs les plus assidus, il est clair que les amateurs du genre finissent par établir des relations avec les protagonistes qui sont similaires aux affiliations que l’on constate dans le monde du sport professionnel.

Dans les faits, je rappelle que le concours de talents est aussi ancien que la télévision. Le téléspectateur ne semble pas vouloir s’en lasser. Selon les époques, ils s’appellent Star Académie, Talents Catelli ou MixMania.

7. Un sentiment d’unité
Ces émissions recréent un monde commun alors que l’on vit dans des mondes séparés. Les Québécois se sentent en communion avec les juges et les participants alors qu’en réalité, ils sont seuls à la maison.

Selon Estelle Lebel, professeur au département d’information et de communication de l’Université Laval, ces émissions permettent peut-être d’assouvir des besoins sociaux qui ne sont plus pris en charge par une société faite de solitude et d’individualisme.

8. Le voyeurisme
Les téléspectateurs sont invités à observer à distance les réactions psychologiques et physiques des participants. Certaines de ces émissions imposent parfois des situations humiliantes ou difficiles.

Selon le britannique John Dovey, la téléréalité est l’illustration parfaite de la « culture contemporaine du moment ». Elle est mélodramatique et exploite le misérabilisme ; c’est un théâtre des horreurs qui rend publiques les moments privés les plus intimes.

9. Un relais médias inégalé
Évidemment, la convergence des médias que l’on connaît depuis quelques années à l'échelle planétaire et qui caractérise La Voix, est un facteur qui permet de comprendre le succès de ce type d’émissions.

La Voix fait l’objet de chroniques et de commentaires à la télévision ; les chansons et la trame sonore sont reprises à la radio ; l’émission fait l’objet de nombreux articles dans les journaux et dans les magazines dans lesquels on passe au peigne fin la vie privée des participants. En somme, la télévision mène à Internet, lequel mène aux magazines, lesquels redirigent les consommateurs vers la télévision, le CD et éventuellement les spectacles.

En multipliant les médias, on décuple habilement les effets sur les consommateurs en exploitant les forces respectives de chaque média.

10. L’interactivité
En 1999, la téléréalité change de statut et devient interactive. Le succès de La Voix s’explique donc en partie à cause de l’interactivité, en particulier, l’utilisation du deuxième écran, phénomène qui consiste à commenter sur les médias sociaux l’émission en cours (et réflexe qu'a encouragé TVA dès les premières émissions).